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La nicotine protège-t-elle du Covid-19 ?

Une étude menée en France sur 480 malades du Covid-19 montre que les fumeurs de tabac seraient moins impactés par le virus. Une hypothèse soulevée dans plusieurs pays et qui est aujourd’hui au centre de divers travaux scientifiques.

Des études menées à travers le monde

En Chine, dès le mois de février, deux études publiées dans The lancet et dans le New England Journal of Medecine portant sur respectivement 709 et 1099 patients montraient que la part des fumeurs infectés était moins importante que dans l’ensemble de la population. Des données sur le tabagisme qui n’avaient toutefois pas été recoupées avec l’âge et le sexe des patients, pouvant ainsi fausser les relations de cause à effet.

En France, sur les quelques 11 000 malades hospitalisés début avril pour cause de Covid-19, seuls 8.5% étaient des fumeurs. Un pourcentage bien en deçà du taux de fumeur quotidien parmi la population générale, qui s’élève selon Santé publique France à près de 25,4%.

Pour en avoir le cœur net, des chercheurs et médecins de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris ont lancé une étude portant 482 malades du Covid-19. Ils ont d’abord calculé le taux de fumeurs parmi 139 patients testés positifs et placés en ambulatoire ainsi que sur 323 autres malades ayant été hospitalisés pour avoir des symptômes plus sévères (hors services de soins intensifs).

Chez les patients hospitalisés, 4,4% sont des fumeurs quotidiens, contre 5,3% chez les personnes placées en ambulatoire. « Nous avons environ 80% de moins de fumeur chez les patients Covid qu’en population générale de même sexe et de même âge » détaille le docteur Zahir Amoura auprès des journalistes de France Inter. « Notre étude transversale suggère fortement que les fumeurs quotidiens ont une probabilité beaucoup plus faible de développer une infection, symptomatique ou grave, au Sars-CoV-2 par rapport à l’ensemble de la population ».

Le faible nombre de fumeurs quotidiens parmi les malades Covid observé dans cette étude ne saurait toutefois suffire à dresser une corrélation entre la consommation quotidienne de tabac et la contraction avec symptôme du Covid-19. D’autant plus que cette étude récente menée à Paris n’a pas pris en compte les malades placés en soins intensifs.

Comment la cigarette protègerait du coronavirus ?

Si l’hypothèse se confirme, quel composant de la cigarette protègerait contre le coronavirus ? De nombreux chercheurs, dont Jean-Pierre Changeux, spécialiste des récepteurs nicotiniques, misent sur la nicotine. En se fixant sur le récepteur cellulaire utilisé par le coronavirus, la nicotine empêcherait ce dernier de s’y installer. « On assisterait alors à une compétition entre la nicotine et le virus, ce qui pourrait expliquer cette spectaculaire sous-représentation des fumeurs parmi les personnes infectées ».

Des essais cliniques ayant pour but de vérifier ce qui n’est pour le moment qu’une observation devraient débuter prochainement, avec notamment la réalisation de tests in vitro en laboratoire. Si les résultats s’avèrent concluants, des patchs nicotiniques pourraient faire l’objet de trois essais cliniques : en préventif sur des soignants et en thérapeutique sur des patients hospitalisés en médecine et en réanimation.

Une étude qui ne doit toutefois pas inciter les personnes à fumer. « Il ne faut pas conclure à un effet protecteur de la fumée du tabac, qui contient de nombreux agents toxiques, nuance auprès du journal Le Monde Florence Tubach, cheffe du département santé Publique de la Pitié-Salpêtrière. Seule la nicotine, ou d’autres modulateurs du récepteur nicotinique, pourrait avoir un effet protecteur, et je maintiens le conditionnel ».

Zahir Amoura et Jean-Pierre Changeux rappellent d'ailleurs dans leur article que "fumer provoque des pathologies sévères et reste un danger sérieux pour la santé".

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