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Covid-19 : Plusieurs morts parmi les maires et élus locaux

Selon une enquête Radio France, plusieurs élus locaux sont décédés du Covid-19 après avoir été contaminés pendant la campagne des élections municipales. Pour permettre à certaines mairies de fonctionner en l’absence d’édile, le gouvernement a publié une ordonnance visant à modifier les règles du code général des collectivités locales. 

Quinze jours après les élections, les habitants de Saint-Brice-Courcelles dans la Marne ont appris avec stupeur la disparition de leur maire, Alain Lescouët. Fraîchement réélu dès le premier tour, l’édile de 74 ans aurait contracté le Covid-19 le jour du scrutin, dimanche 15 mars dernier. « Même si on avait mis en place les prescriptions du gouvernement pour les isoloirs et les distances, on était équipés de façon très sommaire » a confié son adjoint Alain Lalouette à Radio France. Sur les dix-neuf conseillers municipaux ayant participé au scrutin, dix auraient été infectés par la nouvelle forme de coronavirus.

Même histoire à Tracy-le-Mont, dans l’Oise, ou six élus ont été contaminés dont l’adjoint au maire, décédé le 31 mars. Jean-Jacques Zalay, 67 ans, aurait contracté le virus pendant la campagne : « La semaine avant le premier tour, on avait distribué des tracts. Il était assez fatigué mais je n’ai jamais pensé au coronavirus, explique la maire Sylvie Valente-le-Hir. Nous avions bien respecté les consignes, on avait du gel, des gants, et les documents n’étaient pas touchés ».

Pendant le dépouillement, le personnel se relâche et les distances se réduisent. C’est à ce moment-là que l’édile remarque l’état physique de son adjoint, fatigué et en sueur. Dans la foulée, d’autres membres du conseil municipal ayant participé au dépouillement en compagnie de Jean-Jacques Zalay sont tombés malades, heureusement sans gravité.

Un même schéma de contamination dans plusieurs villes

Alain Lescouët

De nombreuses communes à travers la France ont été impactées, débouchant sur le décès de plusieurs maires et adjoints. Parmi les moments propices à la contamination, il y a bien sûr le jour des élections, ou le public et les conseils municipaux ont multiplié les contacts dans un espace clos. Mais de nombreuses personnes auraient également été contaminées en amont, pendant la campagne. Distribution de tracts, réunions publiques et privées… autant d’occasions pour le virus de se propager parmi la population.

A Crépy-en-Valois, dans l’Oise, le maire sortant Bruno Fortier a été diagnostiqué positif au Covid-19 dès le 1er mars. Sa campagne est alors suspendue et la commune lance un plan de confinement, quinze jours avant le reste de la France. Problème : avant de se faire dépister, l’élu aurait été en contact avec une centaine de personnes. Des citoyens de sa commune, mais aussi l’ensemble du personnel de sa mairie ainsi que les membres du conseil municipal.

A cela s’ajoutent les soirées organisées à l’issue du premier tour. Des moments d’euphories pour les listes gagnantes où les gestes barrières ne sont plus de mises. Accolades, embrassades, densité de personnes dans un même espace… des comportements à risque lors d’une épidémie et qui profite au virus. A Compiègne, toujours dans l’Oise, la journaliste Frederika Guillaume raconte : « au fur et à mesure que la liesse augmentait avec les résultats qui arrivaient, tout le monde se congratulait ». Un témoignage corroboré par une vidéo publiée sur le compte Facebook de la ville, où l’on voit les vainqueurs trinquer et s’embrasser. Quelques jours plus tard, trois élus et trois employés de la mairie sont diagnostiqués positifs.

Une ordonnance du gouvernement pour assurer la continuité des services

Face à cette crise sanitaire ayant provoqué la mort de plusieurs maires à travers la France, de nombreuses mairies se retrouvent paralysées. A saint-Brice-Courcelles, Alain Lalouette a repris les fonctions de feu le maire : « On ne pouvait plus rien faire car on n’avait plus les signatures. On ne pouvait plus rien payer ».

Grâce à l’ordonnance, qui repousse la durée de l’intérim jusqu’à la fin de l’état sanitaire, le premier adjoint a pu reprendre les affaires courantes. Pour les décisions importantes, « ce sera le futur maire qui les prendra quand il sera réélu ». Le gouvernement a par ailleurs permis la prorogation des délais échus pendant la période d’urgence sanitaire et a cherché à assouplir les règles applicables à la passation et à l’exécution des contrats de la commande publique, afin de laisser du temps aux communes ayant perdu leur édile de se réorganiser.

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